Jean-Paul ZennackerCe vendredi 10 Septembre 2021, deux classes de terminale, en spécialité HGGSP (Histoire Géographie Géopolitique et Sciences Politiques) du lycée Jean-Moulin se sont données rendez-vous à la médiathèque André Malraux. Ils ont participé aux festivités autour de la quatre-vingtième année du départ de Jean Moulin pour Londres, l’inauguration de la maison dans laquelle il a vécu qui a été restaurée et enfin, l’inauguration de la bibliothèque Daniel Cordier (qui fut le secrétaire de Jean Moulin) à la médiathèque.


Deux grands hommes… de multiples vies

Jean Moulin était un artiste ! Depuis son plus jeune âge, il était passionné d’art et a toujours dessiné, que ce soit des autoportraits ou encore des caricatures, signées de son nom puis du nom de Romanin.

Ses dessins sont dans un style simple et provocateur. Il s’en sert pour exprimer son intérêt envers le mode de vie parisien des années 1930, pour se moquer de régimes politiques notamment le nazisme. Ils permettent aussi de faire passer des sentiments tels que la souffrance, la mort ou la famine. Puis il entame une carrière politique alimentée par les sentiments et idées patriotiques de son père. Il devient préfet d’Eure-et-Loir dans les années 1940. Jean Moulin demeure le seul préfet debout face à l’occupation allemande en France pendant le régime de Vichy, avant de s’engager dans la Résistance De Gaulle sous le nom Rex ou Max…

Aux côtés de Jean Moulin, se trouve Daniel Cordier. Cet homme a eu lui aussi de nombreuses vies : grâce aux connaissances de Moulin dans le domaine artistique, il est devenu marchand d’art et en a fait à la fois une couverture dans la Résistance, une passion et enfin un métier une fois que le combat fut terminé. Pendant la Résistance, Daniel Cordier était le secrétaire de Jean Moulin, et portait le nom de Caracalla (empereur romain). Enfin, après la guerre, Daniel Cordier reprend le métier de marchand d’art, organise des expositions, et devient aussi … un historien ! Jean Moulin a fait l’objet d'une controverse posthume. Son ancien secrétaire a donc décidé de mener un second combat avec un regard critique et s’est plongé dans ses archives, tout en faisant un véritable travail d’historien. Son travail a été précis, bien fourni et impartial.


Des discours émouvants

Lors de la première partie de la matinée des discours élogieux ont été dédiés à Jean Moulin et Daniel Cordier. De nombreuses personnes étaient présentes afin de faire revivre leur mémoire, grâce à des anecdotes.

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Parmi ces nombreuses personnes, il y avait aussi des membres de la famille ! J’ai eu la chance de rencontrer et de parler avec les petits-neveux du Général De Gaulle, je me suis sentie aussitôt plongée dans le passé et je me suis sentie chanceuse de vivre cela, car même si on ne connaît pas l’Histoire, rencontrer des gens qui sont les descendants d’aussi grands personnages dans tous les sens du termes, émotionnellement cela reste quelque chose de très fort. Un des deux hommes m’a dit : « Ce n’est pas toi qui a de la chance d’être ici, non, c’est que tu t’es trouvée au bon endroit, au bon moment. »

Cette matinée s’est terminée avec la visite de la bibliothèque de Daniel Cordier, illustrée de caricatures de Romanin. Cette bibliothèque est tout simplement gigantesque ! Elle est faite de milliers de livres, et elle doit environ mesurer une dizaine de mètres de long sur quatre ou cinq mètres de hauteur. Pour se faire une idée, les livres classés le plus haut doivent être récupérés à l’aide d'une échelle. La petite fille de Daniel Cordier disait que son salon était littéralement couvert de livres du sol au plafond. Et pour le prouver, une photographie de l’ancien résistant se trouve dans la salle : elle le montre habillé de jaune, entouré de vieux livres entassés partout à ne plus savoir qu’en faire.


La lecture du premier Combat !

L’après midi a consisté à écouter la lecture de Premier Combat par Jean-Paul Zennacker, acteur, metteur en scène, ancien sociétaire de la Comédie Française, professeur à l’École nationale supérieure du théâtre de Paris. Premier Combat est un récit écrit par Jean Moulin, une forme de journal intime dans lequel il raconte ses expériences en tant que préfet sous l’occupation de Vichy. Ce texte montre que Moulin a fait preuve de ténacité face aux nazis malgré tout ce qu’il a subi. Il a été un homme battu, lynché, torturé dans le seul et unique but de dénoncer tout le réseau de la Résistance, mais il n’a pas failli. Bien au contraire il a fait preuve d’un grand courage face à ses ennemis. Il n’a pas été simple pour le comédien de faire vivre un tel texte. Jean-Paul Zennacker avait une voix portante et très grave, elle vibrait si fort qu’elle a pu rendre le texte vivant. Pour ma part, j’ai eu encore une fois la sensation de vivre ce qu'il s’était passé, je me suis sentie parfois oppressée comme dans une boîte quand les nazis s’en prenaient à Jean Moulin et parfois cela a révélé en moi, au cours de ce moment, une envie de me battre pour mon pays.

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Ce vendredi fut une expérience enrichissante pour moi. En plus d’en apprendre sur cette période de l’Histoire de France, j’ai ressenti un rapprochement réel entre mon ressenti et le vécu. La visite de la bibliothèque et la rencontre des descendants des membres de la Résistance, m’ont fait me sentir comme une enfant à qui l’on offrirait le plus beau des cadeaux. Ce n’était pas de la joie mais de l’étonnement et de l’émerveillement, quelque chose qui restera dans ma tête encore pour longtemps.

C.B TG2