Ecrit d'invention à propos d'un des romans de la sélection du Goncourt des lycéens 2018, Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard.

Sujet : Lettre que la narratrice aurait écrite à Sarah mais n’aurait jamais eu le courage d’envoyer.

Sarah mon amour,

Je t’écris ici des mots que je ne pourrai jamais te dire de vive voix. Car ce sont des mots qui blessent et qui brûlent. Des brûlures qui laissent des traces. Que l’idée même d’avoir à les prononcer me rend malade. Pourtant je le suis déjà. Malade de toi. Sarah l’imprévisible, Sarah la délicate, Sarah l’hystérique, Sarah nue. De tout ce que j’ai aimé lorsque je t’ai rencontrée. Quand tout était simple et que ça ne semblait être qu’une simple amourette. J’ai cherché ce mot dans un dictionnaire.

Amourette : amour passager, sans conséquence.

Mais rien n’allait dans cette définition. Cet amour était tout sauf passager. C’est un amour qui s’accroche à vous, qui ne vous lâche plus, et qui attend, patiemment, que ce soit vous qui lâchiez. Ce qui n’est pas sans conséquence. Car tout s’est intensifié. Jour après jour. Nuit après nuit. Tout était plus fort, plus violent, plus toi. Sarah. Car c’était et ce sera toujours toi. Toi, ton corps de rêve, ton langage vulgaire, tes caresses et tes baisers. La Sarah que j’ai aimée comme jamais je n’avais aimé quelqu’un avant. Avec passion et dévouement. Dont j’ai fini par devenir dépendante comme on devient dépendant à une drogue. Et la voilà, la conséquence de cet amour acharné. Cette dépendance qui rend ton absence insupportable, et me fait devenir folle, en colère, accro. Mais ta présence est pire encore. Ta présence me tue, elle m’étouffe. Lentement. Avec maîtrise. Car ça racontait ça aussi. Sarah la manipulatrice.

Cette vie Sarah, faite d’inattendu et d’excès, je n’en veux plus. Je te la rends. Avant que tout ne dégénère. Je te rends tout. Tes mots doux, tes sautes d’humeur et tes sautes d’amour, ta liberté.

Je te rends tout, avant que tout ne me tue.

Emilie

 

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