Ryan recevant son prixLes élèves de Seconde 10 n’oublieront pas ce jeudi 19 janvier 2017 où Ryan, leur camarade de classe choisi pour porter leur plaidoirie, a reçu le 3e prix du Concours Régional d’Éloquence des mains d’un jury prestigieux. Retour sur une magnifique journée qui a réuni jeunesse et liberté de conscience.

« Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. »
Ces paroles de Bertolt Brecht, Mémona Hintermann-Afféjee les a prononcées avec une conviction telle qu’elles ont touché chaque lycéen et chaque professeur présents au Grand Théâtre de Narbonne. La journaliste célèbre pour son intégrité, autrefois grand reporter et désormais membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, a su trouver les mots pour s’adresser à la jeunesse de la Région Occitanie rassemblée devant elle. Elle présidait le jury du Concours Régional d’Éloquence créé voici quelques années dans l’académie de Toulouse et ouvert cette année à l’académie de Montpellier. Autour d’elle étaient notamment réunis deux anciens bâtonniers, des journalistes, des membres de la Fondation Groupe Dépêche qui parraine le concours et des personnels de l’institution, dont les rectrices des deux académies. Aussi est-ce peu dire que l’exercice était exigeant pour l’élève représentant sa classe, un exercice à la fois individuel et collectif dans lequel les élèves de 2GT10 ont pleinement su s’inscrire, Ryan en premier, soucieux de porter la voix du lycée Jean Moulin.

« Nous ne savions pas que la liberté de conscience était aussi importante dans nos vies. »
C’est Béatrix Pau, professeure d’histoire-géographie de la classe, qui a eu connaissance du concours et a aussitôt inscrit la Seconde 10. Je l’ai suivie dans ce beau projet, convaincue comme elle que la classe possédait les qualités d’esprit et de cœur pour prendre part à cette expérience enrichissante. Une expérience qui avait pour thème la liberté de conscience, un sujet plus que jamais d’actualité et pourtant obscur pour les élèves au début de leur aventure, ce que soulignent Alisson et Julia, qui « ne savaient pas que la liberté de conscience était aussi importante dans leurs vies », ou encore Kenzi qui « pensait que la liberté de conscience était comme la liberté d’expression. »

Après plusieurs séances de travail, le thème s’est éclairci et la classe s’est rassemblée « de bon cœur » autour du projet, selon les mots de Nagihan et Yousra. « Ces séances nous ont permis de renforcer nos liens » ajoute Guillaume, et Ceti de préciser que « le travail était enrichissant, car les réactions étaient différentes, les points de vue divers. » Une fois la plaidoirie composée, Ryan a été choisi pour la prononcer. L’éloquence est un art qu’il faut apprivoiser, aussi les répétitions se sont-elles enchaînées dans un esprit à la fois sérieux et ludique, sans pression aucune. Il était important de laisser Ryan s’imprégner de son texte pour qu’il s’exprime au nom de tous, et c’est cette fraîcheur qui a guidé chaque séance. Un travail collectif que Béatrix Pau a encouragé :
« J’ai beaucoup apprécié ce type de travail qui oscillait entre débat et réflexion sur un sujet abstrait pour beaucoup d’entre eux. Je leur ai fait confiance dans leur production individuelle que nous avons lue et commentée en demi groupe. Je pense que les avoir fait réfléchir et les avoir écoutés leur a permis de se libérer un peu, en tout cas cela leur a donné confiance. »

« Il est difficile d’acquérir sa propre opinion pendant l’adolescence. »
Comme Béatrix Pau, j’ai remarqué lors de nos échanges que certains élèves étaient vraiment concernés par ce sujet et souhaitaient exprimer des questionnements qui leur tenaient à cœur : pour Joe et Thomas, « il est difficile d’acquérir sa propre opinion pendant l’adolescence », ce qu’approuvent Alyah et Chloé pour lesquelles « il faut ne pas vivre en fonction des autres et arrêter de se faire influencer. » Caroline, Leeloo et Manuela se montraient quant à elles soucieuses de l’endoctrinement dont sont victimes certains jeunes de leur âge : « La liberté de conscience n’est pas acquise, elle est compliquée à avoir et à garder. Il y a plus d’un millier d’adolescents endoctrinés ! »

Un jeudi inoubliable
Forts d’une bonne préparation, nous sommes arrivés au Grand Théâtre de Narbonne où chaque élève a pris place dans la salle ; sur les visages, on discernait de l’enthousiasme mêlé à une évidente fébrilité. Peu à peu, les lycéens des deux académies nous ont rejoints, suivis du jury. Ce fut là un grand moment que cette entrée en scène de personnalités importantes : « Les membres du jury m’ont impressionnée et émue en même temps » avouera Lola.
Il faut dire que le discours de bienvenue de Mémona Hintermann-Afféjee ne pouvait que toucher en plein cœur des adolescents souvent désireux d’être écoutés : la journaliste leur a confié avec conviction combien leur présence était un signe de vitalité pour la démocratie. Le discours de Mine G. Kirikkanat, journaliste et romancière turque, n’a pas manqué de les impressionner également, à l’image de Lola qui se souviendra longtemps d’une des phrases de son allocution :

« On ne peut pas connaître la liberté tant qu’on n’en a pas été privé. »

Alyah a aussi reçu cette phrase en plein cœur ; émue, elle ajoutait :

« Le vécu de cette dame turque est très touchant ; elle risque sa vie en continuant d’être journaliste,
c’est une preuve de courage. »

Caroline, Leeloo et Manuela ont été bouleversées « par son discours pour son pays », de même que Guillaume : « son histoire est très émouvante, c’est une femme très courageuse. » Les élèves ont tous écouté ses paroles avec une grande attention, même si Ajid aurait souhaité nuancer quelques faits avancés, soutenu dans cet élan par Erhan et Furkan. Lequel a eu la chance de deviser avec Mine G. Kirikkanat sur Istanbul et d’autres cités turques tandis que ses camarades se montraient plus timides.

« Il nous a régalés ! »
Alors que chaque représentant se préparait à donner le meilleur de lui-même, Ryan attendait, désigné par le sort pour s’exprimer en avant-dernière position. Aussi, c’est dans une ambiance bon enfant que nos élèves ont écouté et respecté les plaidoiries des autres lycéens. Ce qui ne les a pas empêchés d’exercer leur esprit critique : Chaimae et Nohayla ont ainsi relevé « trop de théâtre dans certaines prestations, on sentait que le texte ne venait pas d’eux » alors que Guillaume s’amusait « de métaphores plus farfelues les unes que les autres. »
Certes, comme dans toute compétition, les tensions affleurent parfois, aussi quelques lycéens sélectionnés ont-ils tenté d’impressionner nos jeunes, étonnés de ces attitudes… Qu’à cela ne tienne ! La classe était bien trop enthousiaste pour se laisser aller à répondre, chaque élève étant heureux d’être là, confiant et ému à la fois.
Et ce que les élèves retiendront avant tout, c’est que « certains textes étaient très touchants, surtout leur conclusion » ; et Lola d’ajouter que « la plaidoirie du gagnant, Vladimir, était très bien racontée, il y avait un peu d’humour et c’était intéressant. » De fait, les élèves, animés de fair-play, soulignaient tous avant la proclamation des résultats que le texte de Vladimir se détachait ; ils avaient raison, car le jeune lycéen de Première Professionnelle allait remporter le concours quelques heures plus tard.

Mais revenons aux plaidoiries. Le moment approchait pour Ryan et la tension était palpable dans les rangs alors que celui-ci s’avançait vers la tribune, soutenu par les encouragements communicatifs de ses camarades. Un soutien qui a vraisemblablement porté le jeune homme tant son discours fut prononcé avec naturel et conviction. Dans la salle, une trentaine de jeunes tremblaient, secoués d’émotions diverses : « On avait peur qu’il bafouille ou qu’il aille trop vite, mais c’était présenté avec le cœur » diront Caroline, Leeloo et Manuela. Et Guillaume de préciser : « J’étais attentif à ce qu’il disait, j’étais très concentré, mais en même temps, j’avais envie de crier pour le soutenir ! »
Au bout d’un peu plus de trois minutes de tension, Ryan terminait son discours accompagné de hourras et de bravos sonores ; « Il nous a régalés ! » s’exclamaient Louis et Othman.
Ryan, pour sa part, a encore du mal à mettre des mots sur cette expérience intimidante et peu banale qu’il a vécue avec courage : « C’était vraiment bien, j’étais content de faire ça pour la classe et d’être avec mes copains. »

La plaidoirie de Ryan :

https://www.youtube.com/watch?v=hW0xK29_62s

« Une grande, très grande joie ! »
Après un sympathique repas partagé au bord de l’eau, nous avons regagné la salle. Les élèves étaient plus qu’impatients, les paris allaient bon train ! Aussi quand, à la fin d’un chaleureux discours, Thierry Carrère, ancien bâtonnier de Toulouse et de Paris, annonça que Ryan remportait le 3e prix du concours, un hurlement de joie emplit la salle : « On était tellement heureux qu’on n’a pas laissé Monsieur le Bâtonnier terminer le nom de Ryan, on a crié ! » Comme Caroline, Leeloo et Manuela, Chaimae, Nohayla et Samira parleront plus tard d’« une grande, très grande joie ! » « Pour nous tous, c’était une grande surprise », ajoutent Kenzi, Ajid et Thibaut « car nous ne nous attendions pas à être 3e. Nous sommes fiers de lui ! »
C’est ainsi que l’autoproclamé « meilleur public du jour » par Ajid et Thibaut n’eut dès lors de cesse d’applaudir son champion, de le saluer, de le rejoindre sur scène, bref de profiter de ce moment unique qui faisait briller des étoiles dans les yeux de tous. « On était très contents, on est même montés sur scène pour mettre le feu avec Ryan ! » s’amusent Mehdi et Zacaria.

Car dans la classe de 2GT10, la fraternité n’est pas un vain mot : Ryan était bel et bien le héros du jour, mais la joie était partagée par tous sans jalousie aucune, dans un esprit de camaraderie qui faisait plaisir à voir à notre époque si souvent individualiste.
« La classe était soudée et j’étais contente quand on a gagné, car j’avais écrit une phrase de la plaidoirie et j’ai eu l’impression de gagner un peu moi aussi » confie Alyah, témoignant ainsi de l’importance de ce travail collectif aux yeux de tous. Une cohésion de classe soulignée par Adrian : « Il y avait une très, très bonne ambiance dans la classe, des fous rires et des moments de joie ; cette journée est vraiment mémorable ! » Karl, qui rejoignait la classe en ce jour de concours, a lui aussi pu ressentir cette cohésion, de même qu’Ewan et Nathan, malheureusement absents lors de la finale, mais qui ont ensuite partagé le bonheur de leurs camarades. « Bref, ce concours était cool ! » résume Anis en riant.

« Quoi qu’il arrive, on peut toujours arriver à la réussite. »
Avec ces mots, Chaimae et Nohayla expriment ce que beaucoup d’élèves de la classe ressentent depuis ce jeudi 19 janvier, car au-delà de la joie partagée, le concours leur aura permis de prendre confiance en eux et de donner de nouvelles portes à leur avenir.
Alyah s’est ainsi trouvé une sensibilité littéraire : « J’ai aimé pouvoir m’exprimer à travers cette plaidoirie, c’est pour cela que je veux maintenant aller en Première L. » Nicolas et Youssef ont aussi ressenti l’encouragement qui leur était donné, « même si on savait déjà que les études sont importantes », ajoutent-ils avec sérieux.

« Cadenassez vos bibliothèques si vous le souhaitez, mais vous ne pourrez apposer sur la liberté de conscience ni porte, ni cadenas, ni verrou. »
Les mots que Virginia Woolf traçait en 1929 dans Une chambre à soi pourraient finalement être ceux des élèves de 2GT10.

Entrés dans le concours comme ils en sont sortis, sans sentiment de supériorité, mais avec la volonté de faire entendre leurs voix originales et enthousiastes, ils ont exprimé avec ferveur les peurs des adolescents d’aujourd’hui et les rêves qu’on a à quinze ans. Des rêves libres, en toute conscience.

 Anne Lauriol, professeure de lettres, aidée des élèves de 2GT10

Une journée mémorable :

concours

https://www.youtube.com/watch?v=myNfX1lGOpw