PARTENARIAT LYCEE JEAN-MOULIN (BEZIERS), LYCÉE VICTOR-HUGO (FLORENCE) ET LA FONDATION DES MUTILÉS ET INVALIDES DE GUERRE : COMMÉMORER LA GRANDE GUERRE

            En septembre dernier, j’ai eu la chance d’obtenir pour le lycée Jean-Moulin  un partenariat avec la Fondation Nationale des Mutilés et des Invalides de Guerre et le lycée français de Florence. La mission des professeurs  porteurs de projet pour les deux établissements était de travailler sur la Commémoration de la Grande Guerre et le devoir de mémoire. En échange la Fondation s’engageait à nous attribuer à chacun un prix de 1000 euros afin que nous puissions nous rencontrer sur le champ de bataille. Sur Jean-Moulin le projet fut mené par moi-même et M. Bénédet, avec les élèves suivant l’option facultative Histoire des Arts (1re et Terminales). Non seulement cela correspondait aux attentes de la section (programme, objectifs pédagogiques) mais certains élèves de terminale avaient aussi travaillé sur la Grande Guerre, en seconde, avec l’étude du prix Goncourt Au revoir la-Haut de Pierre Lemaitre, qui nous avait fait la gentillesse de venir au lycée. Ce projet parachevait donc une étude commencé trois ans plus tôt. Trois temps se dégagent. Tout d’abord les élèves aidés des Arts visuels de M. Bénédet ont élaboré un calendrier Grande Guerre.  Puis les Terminales Hida ont abordé plus spécifiquement les ravages de la Grande Guerre à travers le paysage, point du programme. Les Premières ont travaillé sur la cathédrale de Reims et les monuments aux morts, notamment celui de Béziers réalisé par Injalbert. Les élèves du lycée français de Florence ont, quant à eux, travaillé sur l’effort de guerre des Italiens en France pendant la guerre, notamment avec les Garibaldiens. Enfin les deux établissements se retrouvèrent à Reims du 11 au 15 avril 2016 pour partager leur expérience et surtout découvrir les lieux et les batailles qui marquèrent la Grande Guerre : la Marne, l’Argonne, Verdun.

Lise Hugot--Jamme et Mélanie Rouby ont décidé de retracer le séjour selon leur ressenti mais à la façon d’un Poilu, d’où ce langage peut-être familier, imagé. L’article qui en résulte n’a donc pas le « format » journalitisque mais il est riche non seulement par les informations transmises mais aussi car il permet de comprendre que les élèves ont été marqué par ce partenariat et cette semaine sur les champs de bataille. Il permet de comprendre la valeur et l’importance du devoir de mémoire auprès des jeunes générations.

            Béatrix Pau,
         Professeur d’Histoire Géographie, Hida
            Responsable du partenariat dur le lycée jean Moulin

 

            A LA DECOUVERTE DES CHAMPS DE BATAILLE DE LA GRANDE GUERRE

            Perdus dans la jungle de Paris, 22 lycéens de la petite bourgade de Béziers et ceux du lycée français de Florence devront faire face aux pires défis, tels des bombes et des hélicoptères. Y arriveront-ils ? Vont-ils mourir comme des rats ? Découvrez leur aventure dans cet article passionnant.          

            L’escapade commença brusquement le lundi 11 avril 2016 avec un lever aux aurores. Nos jeunes aventuriers se faufilèrent avec leurs énormes valises dans l'étroit compartiment du TGV les menant vers la capitale, essayant de ne pas toucher les autres passagers bruyants et sans-gêne. Durant les quatre heures dans cet espace confiné, ils durent chercher à s'occuper : ils jouèrent au UNO, regardèrent des films, et certains, les plus hardis, lurent des livres. Les écouteurs toujours vissés aux oreilles, ils continuèrent leur route jusqu’à Reims, en passant par la Gare de Lyon, de l'Est, et par le monstrueux métro parisien... TAN TAN TAN. Après s'être installés dans le CIS (l'auberge de jeunesse), ils furent jetés dans la ville sauvage, essayant à grand peine d'atteindre la cathédrale. Ils attendirent ainsi leurs nouveaux compagnons de route : les Italiens, venus de Florence.

            La rencontre se déroula sans problèmes, les Florentins semblaient calmes, non-agressifs, non-anthropophages, bref : des semblables.

             Après une nuit plutôt calme et réparatrice, l'équipe de combattants formée, ils partirent dans un engin appelé BUS. Quelques heures de marche plus tard, ils atterrirent à la Main de Massiges, où un étrange homme (le guide) accueillit nos aventuriers. Il les guida à travers de profondes tranchées (reconstituées) très dangereuses, de la bataille de la Marne, où des BOUM D'OBUS (tirs réels du camps de Suippes) retentirent, les plongeant dans l'horreur de la guerre.

Reims -1 La main de Massiges Après un repas fort en vitamines, ils prirent la route pour le Fort de la Pompelle, où ils virent la plus extravagante et extraordinaire collection de casques à pointe. Ils rentrèrent à la base pour un repos bien mérité. Ils jouèrent auparavant au foot avec les compagnons italiens, qu'ils surnommaient « les chars-espagnols », l'explication de ce surnom ne sera découverte que dans cent ans.

Photo de greims3roupe devant le fort de la Pompelle avec M. Deygas, représentant de la Fondation des Mutilés et Invalides de Guerre.

       La troisième journée débuta par une épopée à la Butte de Vauquois : immersion dans la guerre des mines. Cette butte subit des mutilations à coup de mines et d'obus, provenant des camps allemands et français. Aujourd’hui elle ne ressemble plus qu’à un vaste cratère volcanique. Les adolescents, coiffés de leur plus beau casque anti-choc, pénétrèrent dans les profondes et angoissantes galeries creusées par les soldats cent ans plus tôt avec des pelles et des pioches. Ils étaient menés par un vieil homme sage à la barbe blanche immaculée, son savoir plût sur eux comme les goûtes qui s'infiltraient sur les parois qui les entouraient.

reims -3Ensuite après avoir mangé un plat traditionnel de la région, les sandwich au jambon, ils se rendirent à Fleury-Devant-Douaumont, un village fantôme TAN TAN TAN, peuplé d'âmes en peine, qui erraient dans les restes du village détruit lors de la bataille de Verdun, en 1916. Ils continuèrent leur route en direction de l'ossuaire de Douaumont, où DES OS HUMAINS non identifiés étaient rangés, empilés aux yeux de tous.

reims-4 Intérieur de L’ossuaire de Douaumont

cimetière de Douaumont

Face à l’ossuaire des milliers de croix blanches, de stèles juives ou musulmanes portaient chacune le nom d’un soldat ayant combattu vaillamment pour la France.

La brave équipe, émue et bouleversée, repartit à son refuge. Elle reprit courage autour d’un baby-foot, un billard, et des salles de réunion pour jouer au loup-garou (le super jeu de société). Ils essayèrent d'être discrets, mais malheureusement ils se firent repérer par leurs officiers attitrés, alors qu'ils essayaient de joindre les chambres de leurs compatriotes, après l'heure de couvre-feu.

Le quatrième jour, le bataillon fut convié à une cérémonie au cimetière italien de Bligny. Ils y virent des drapeaux tricolores, leur rappelant leur mère patrie la France, et également des drapeaux vert, blanc et rouge, montrant que cette dite Patrie se souvient de l'aide que l'Italie apporta durant le conflit. Les porteurs de drapeau avaient de belles moustaches pimpantes, et des médailles bien brillantes, qui ornaient leur uniforme mais qui rappelaient surtout leur bravoure au combat.       

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Cérémonie officielle, cimetière italien de Bligny

Avant la pose miam-miam, nos aventuriers furent invités à la mairie de Reims, et accueillis par l'adjoint au maire, heureux de participer au devoir de mémoire. Il leur parla du devenir de Reims dans la nouvelle Région Grand Est. Généreusement, la mairie offrit du gâteau et les biscuits roses, la spécialité de la ville, tout ça fut englouti rapidement. Après la pause déjeuner, les jeunes franco-italiens furent guidés au travers de la majestueuse, impressionnante, gigantesque cathédrale, par un membre du Comité de jumelage Reims-Florence.

reims-7A la sortie de ce chef-d’œuvre architectural, ils participèrent à une grande aventure dans la ville : une course d’orientation. Ainsi ils firent face aux plus grandes épreuves, aux plus grands bâtiments, qu'ils avaient pour mission laborieuse de capturer dans leur téléphone à l'aide de selfies rigolos. Malgré les tricheries, les trahisons et le danger, ils rentrèrent tous ensemble et amis, après avoir pris un verre de l’amitié (non alcoolisé) dans un petit bistrot bien sympatique.

Une fois rentré au camp, les activités de la soirée reprirent, tels des matchs ardus de foot, et des parties endiablées de loup-garou, soldés par des éclats de voix et des affrontements sans pitié.

            Le dernier jour, ils participèrent à des adieux poignants, pleins de larmes, et en guise de cadeau de au revoir, les Italiens offrirent aux Français LE ballon de foot, avec lequel ils avaient joué toute la semaine, et un drapeau de l'Italie. Les Français visitèrent seuls le musée des Beaux-Arts de Reims, pour noyer leur chagrins. Ils repartirent chez eux, et dès qu'ils retrouvèrent leur internet chéri, ils contactèrent les Italiens, pour continuer cette amitié si belle qu’ils avaient construit en quelques jours.      

            Voici donc la belle histoire que vécurent les lycéens de Béziers et ceux de Florence. Cette expérience fut très enrichissante, pleine d'aventures épiques et de rencontres extraordinaires. On gardera en mémoire les souterrains de la butte de Vauquois, la quantité astronomique de croix blanches à l'ossuaire, réalisant l’importance de ce devoir de mémoire.

            HUGOT-JAMME LISE, ROUBY MÉLANIE (1RE L1, HIDA)