Le 18 mai 2016, le classement officiel du concours d’écriture épistolaire « Liberté j’écris ton nom » a été révélé. La cérémonie, qui s’est déroulée au lycée Jean-Moulin en présence d’Anaïs Escriva qui représentait le théâtre SortieOuest, a rassemblé plus d’une centaine d’élèves de quatre établissements biterrois : les collèges La Dullague et Jean-Perrin, et les lycées Mermoz et Jean-Moulin. Cinq collégiens, cinq lycéens et trois adultes ont été récompensés pour la qualité de leurs écrits. C’est le collège de La Dullague qui prend la tête du classement dans la catégorie « collégiens ». Le lycée Jean-Moulin remporte la première place dans la catégorie « lycéens » et dans la catégorie « personnels » !

OK 1Ils étaient plus d’une centaine, cette année, à avoir planché sur le thème du concours. Il fallait écrire une lettre ou une correspondance en lien avec le titre du célèbre poème de Paul Éluard « Liberté j’écris ton nom ». Le choix a été difficile pour le comité de lecture composé d’élèves, d’enseignants, d’agents techniques et administratifs issus des différents établissements, sous le parrainage du théâtre SortieOuest qui a participé aux délibérations et offert des places de spectacle pour les lauréats.

 « Je sais quel sera mon combat dorénavant »

De nombreuses problématiques ont été abordées dans les textes proposés. Car si la liberté semble acquise pour nous tous, l’est-elle vraiment ? Ainsi s’interroge le personnage imaginé par Suzanne Castanié, élève en 4èmeA au collège Jean-Perrin : « Vous qui côtoyez la liberté, connaissez-vous réellement sa valeur ? Pour ma part je l’ai connue seulement quand j’en ai été privée. Prenez le temps de lire cette lettre, elle n’est ni longue ni moraliste. »

La difficile liberté d’être soi-même lorsque l’on est adolescent a souvent été évoquée, comme dans ce texte d’Amandine Dotto-Maurel, élève en 3ème au collège Jean-Perrin, qui se classe 3ème de sa catégorie : « Cela fait maintenant plusieurs années que nous passons nos journées dans les mêmes salles de cours. Pourtant nous avons toujours peur des regards que peuvent avoir nos camarades. Quand on se regarde dans le miroir, on ne se voit plus maintenant qu’à travers les mots des autres. »

La thématique de la liberté des femmes a été très largement abordée, témoignant d’une préoccupation encore très contemporaine. C’est notamment le cas dans le texte de Laura Bigot, élève en seconde générale et technologique au lycée Jean-Moulin, qui remporte la première place de sa catégorie en évoquant les pensées d’une réfugiée arrivant en France : « J’ai regardé ma fille avec un grand sourire et je lui ai promis qu’elle aurait un bel avenir. Il se faisait tard, alors nous sommes rentrés dormir au centre de réfugiés. J’ai ressenti en cette fin de journée de l’espoir et j’ai compris en m’endormant que ma vie allait changer. »

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Yves Babolat, professeur au lycée Jean-Moulin, remporte la première place de la catégorie « personnels » avec un texte retraçant le difficile chemin des femmes vers la liberté : « Je sais que tu pourras aller à l’école, M. Jules Ferry l’a promis pour tous les enfants. Je crois que ce sera une chance pour avoir une bonne vie, un vrai destin. Tu seras une belle femme », écrit en 1885 une mère prostituée à sa fille Lucie qu’elle abandonne.  « Aujourd’hui j’ai vécu le plus beau jour de ma vie. » écrit Lucie en 1907. «  Celui de la manifestation dans la rue. Liées les unes aux autres, nous avons arpenté le pavé humide. Je brandissais mon étendard : une pancarte de un mètre de haut avec marqué VOTE FOR THE WOMEN. Je rythmais chacun de mes pas de cris de révolte. Oh ! Chère amie, j’ai enfin conscience de qui je suis. Je souhaite que nous combattions à Paris comme ici à Londres. Ces femmes nous montrent l’exemple, elles n’ont pas peur de la prison, de la violence, pour faire entendre leurs droits. Nos droits. Non, nous ne sommes pas de faibles personnes, un peu sottes, interdites d’accès aux études supérieures. Non, nous ne sommes pas destinées à être que des génitrices. Non, nous ne sommes pas les subalternes des hommes ! J’ai pleuré ce soir en relisant la lettre de ma pauvre mère. Elle a peut-être bien aussi ouvert ma voie. Je sais quel sera mon combat dorénavant. »

La violence faite aux femmes est dénoncée dans le texte de Gwenaëlle Gouin, élève de seconde GT au lycée Jean-Moulin, et qui se classe troisième : « Les Hommes sont censés être nés libre et égaux, alors pourquoi à tes côtés je me sentais comme prisonnière et inférieure ? Tu étais mon mari comme mon bourreau, donc les cris et les larmes éclataient, jusqu’à finir dans la lueur des gyrophares. »

« Car si je permets à chacun de s’exprimer, je ne défends pas la haine que certains voudraient me faire dire. »

Les valeurs républicaines ont également inspiré nos auteurs, comme Théo Diaz, élève de 4ème au collège de La Dullague, dont le texte prend la première place de la catégorie « collégiens » avec cette lettre à la France signée « Ta chère liberté d’expression » : « Depuis hier, je suis sur toutes les lèvres, dans tous les esprits. On dit que tout est ma faute, que je n’avais qu’à me taire, que c’est bien fait pour moi, que je n’ai que ce que je mérite. Mon cher pays, mon défenseur, je suis prise entre ceux qui voudraient me bâillonner, me faire taire pour toujours et ceux qui n’ont plus que moi à la bouche. Comment m’y retrouver, ne pas dire n’importe quoi, ne pas faire le jeu de mes ennemis ? Car si je permets à chacun de s’exprimer, je ne défends pas la haine que certains voudraient me faire dire. »

L’Histoire a fourni à Stéphane Clair, agent technique au lycée Mermoz, le contexte de sa magnifique lettre, classée troisième dans la catégorie « personnels » : « Aujourd’hui 15 mai 1917, je laisse au nom de la liberté ma vie au Chemin des Dames… Mon amour, ne soyez pas dupe, ne croyez pas aux beaux discours : « Mort au nom de la liberté. » Cette guerre m’apprend que la liberté peut avoir un double visage, un double langage, un double nom… Suzanne, il existe une liberté au nom du mal… Pourquoi ces généraux sont-ils libres d’envoyer tous ces braves hommes se faire massacrer au nom de leur gloire personnelle ? Pourquoi… Au nom de la liberté, l’homme extermine des générations, des peuples, et défigure notre terre, mère de tous les humains ! Au nom de la liberté, ces marchands d’armes s’enrichissent à produire des obus à outrance !!! Pourquoi les pouvoirs financiers associés aux hommes politiques s’arrogent-ils le droit de décider de la vie, du sort des troupes coloniales, de nous poilus et des jeunes Allemands ? De tous ces humains exploités au nom de la liberté et qui n’ont d’autre choix que de faire la guerre ? Cette liberté, qui au nom du mensonge, sert leurs propres intérêts !! Et pour nous poilus, au nom de cette liberté, doit-on crever ou tuer ??? J’aurais voulu au nom de la liberté, du bien, voir grandir notre fils… Avoir la liberté de vieillir auprès de toi… Être libre de ma vie, de ma destinée… »

D’autres auteurs ont choisi le vers libre pour évoquer le nom de la liberté, comme dans ce texte de Rija Ratsiravahériarisoa, élève en première Bac Pro commerce au lycée Mermoz, et classé deuxième de la catégorie « lycéens » :

« Jusqu’à combien d’affrontements

Pour juger d’un bien ou d’un mal ?

Et combien de morts au total ?

Tout ça me désole vraiment.

CAR IL Y A…

Tant de rêves à exaucer,

Tant de bonheur à partager,

Beaucoup de moments à vivre,

Ces moments ooù notre cœur vibre…

ET…

Nous ces moments-là

On les réalisera

Croix de fer, croix de bois,

Mais toi tu seras là

Liberté… »

« Pantin Prod », un groupe de comédiens lycéens biterrois qui produisent leurs propres courts-métrages, a été associé au projet. Le réalisateur, Tristan Moraton, élève en Terminale Bac Pro Systèmes électroniques et numériques au lycée Jean-Moulin et ses camardes ont choisi parmi les textes proposés au concours celui qui ferait l’objet d’un court-métrage. C’est Moi sans toi de Leïla Lhuillier, élève de 3ème au collège Jean-Perrin, et classé 4ème de sa catégorie, qui a été choisi. Un teaser a été présenté lors de la cérémonie, et le court-métrage sera visible dès cet été sur leur chaîne YouTube.

Difficile d’évoquer tous les textes tant ils sont nombreux et divers. L’équipe organisatrice s’affaire à trouver les moyens d’en éditer le plus grand nombre dès que possible. En attendant vous pourrez bientôt les retrouver en ligne sur le site de Moulin On Line, le journal électronique du lycée Jean-Moulin, et en version papier au CDI du lycée Jean-Moulin [ndlr].

Tous nos remerciements à la MDL du lycée Jean-Moulin pour l’achat de lot destinés aux élèves. Merci également au laser game évolution de Béziers et au théâtre SortieOuest. Et rendez-vous à la rentrée pour une nouveau concours d’écriture !

Classement officiel du concours d’écriture épistolaire 2016 « Liberté j’écris ton nom »

Catégorie « collégiens »

  1. « Lettre au pays qui m’a vue naître » de Théo Diaz, 4ème, collège La Dullague.
  2. « La femme saoudienne » de Maxine Kruszyk, 4ème, collège La Dullague.
  3. « Profitons ensemble de notre liberté » d’Amandine Dotto-Maurel, 3ème, collège Jean-Perrin.
  4. « Moi sans toi » de Leïla Lhuillier, 3ème, collège Jean-Perrin.
  5. « Ma liberté, ta dictature » de Cem Turançifta, 3ème, collège La Dullague.

Catégorie  « lycéens »

  1. « Liberté d’être libre » de Laura Bigot, 2nde générale, lycée Jean-Moulin.
  2. « Toi, liberté » de Rija Ratsiravaheriarisoa, 1ère Bac Pro Commerce, lycée Mermoz.
  3. « Lettre ouverte à mon bourreau » de Gwenaëlle Gouin, 2nde générale, lycée Jean-Moulin.
  4. « Un cadeau comme celui d’un adieu » de Doriane Mercadier, 2nde générale, lycée Jean-Moulin.
  5. « Lettre à Papa » d’Alexia Rojot, 2nde Bac Pro Métiers de la Mode, lycée Jean-Moulin.

Catégories « personnels »

  1. « Variations sur un thème » d’Yves Babolat, professeur au lycée Jean-Moulin.
  2. « La Burqa de dentelle » de Christine Bretagne, professeure au lycée Jean-Moulin.
  3. « 15 mai 1917 » de Stéphane Clair, agent technique au lycée Mermoz.

E. Lhuillier