Atelier d'écriture du vendredi 20 novembre 2015.

Consigne du jour : A partir d'un incipit, chacune construit à tour de rôle la suite du texte d'une phrase.

Cinq participantes, cinq phrases pour un texte (environ),

 

1) Au commencement il n'y avait rien. J'ai croisé ce type, cet inconnu de rien du tout, qui ne m'avait même pas vue tant il n'y avait rien. Il ne m'avait même pas vue alors que ce jour-là, j'avais mis mon manteau rose fushia et mes bottines en poil de chèvre bleues !

Je me sentais prête à tous les combats avec toutes ces armes de séduction ; c'est un autre inconnu que j'ai attiré, haut comme trois pommes, du rêve plein les yeux… Il est venu vers moi, m'a regardée un moment, m'a souris puis m'a tendu la main, sa petite main rentrée dans un gant de cuir noir. Ses yeux bleus, pétillants et pleins de joie me firent fondre. Je lui pris la main qu'il m'avait tendue et nous partîmes vers un monde emplit de joie, de beauté et surtout plein de poésie.

2) Je ne sais pas trop par où commencer. C'est toujours le plus difficile ! Disons que je vais commencer par la fin : je me suis retrouvée très en colère, en train de hurler au milieu de la cour du lycée. Non, vous allez croire qu'il s'agit d'un élève, pas du tout !
Pour une fois ces petits garnements impolis et complètement ignorants n'y étaient pour rien, malheureusement. En fait, il s'agissait tout simplement d'un quiproquo invraisemblable ! La veille, le proviseur m'avait convoquée dans son bureau pour m'inviter à accompagner cette classe aux thermes et j'ai dit oui. Mais quand je suis arrivée tout à l'heure, j'ai mieux compris. Adieu le spa, le hammam, et autres bains d'eau chaude. Ce que voulait le proviseur, c'est que j'assure jusqu'à son terme le suivi de cette classe incroyable, privée de PP.

3) Colin terminait sa toilette. Cela lui avait pris du temps : le froid astral avait saisi l'eau dans la cuvette, il avait du se servir de sa baguette pour la réchauffer. Lorsqu'il était revenu dans le dortoir des garçons de son année, ce dernier était vide de toute présence. Colin se demandait si il n'avait pas oublié quelque chose… Mais si bien sûr, c'était Noël ! Tous étaient partis déguster le festin dans la grande salle.

Ce jour-là, Colin comprit que pareille chance ne se reproduirait jamais : il jeta la couverture rouge sur son dos, accrocha entre ses deux oreilles le paquet de coton blanc oublié sur le lavabo puis enfourcha, tel un habile destrier, un polochon en guise de monture : il était le Père Noël et il allait combler ses camarades.

Mais les connaissait-il suffisamment pour savoir ce qui allait leur faire plaisir ? Il réalisa qu'il était difficile de connaître ses proches et qu'à moins d'offrir à chacun la même chose, des friandises ou des consoles de jeux dernier cri, il était incapable – en dépit de sa baguette magique – de discerner la chose qui ferait vraiment plaisir à ses amis, et cette pensée le rendit maussade.

4) J'avais 12 ans la première fois que j'ai marché sur l'eau. Sur le coup, je n'ai pas compris ce qui se passait. Je me baignais tranquillement, puis soudain, je me suis sentie tout léger comme une plume.

« Jésus, cria ma mère, que fais-tu là ? Tu vas encore salir ta toge, elle est neuve, sors de là et rentre. »

Quelle idée aussi avaient eu mes parents de me prénommer Jésus ! C'était certain que ce prénom allait entraîner des choses extraordinaires… comme le fait de marcher sur l'eau. Comme j'étais un enfant obéissant, je me hâtai de courir sur la crête des vagues et je posai mes deux pieds sur le sable en disant à ma mère :

« Il faut toujours que tu m'empêches de m'amuser ! » Elle semblait furieuse.

Maintenant que les années ont passé, je peux comprendre sa colère, car ma toge, ma belle toge de laine blanche tissée par ma grand-mère avec le fil le plus fin et le mieux filé, ma toge donc avait rétréci !

5) Il arriva chez nous un jour de Novembre, pluvieux. Mes chaussures toutes trempées faisaient un ploc, ploc abominable. Je n'avais pas eu le temps de fermer la porte et encore moins d’ôter mes vêtements que déjà je savais que plus jamais je ne rentrerais ici de la sorte. Il n'avait pas pris la peine de frapper mais il entra, et avec lui une gerbe de grosses gouttes froides pénétra dans mon entrée. Je le regardais, surprise, curieuse de comprendre ce qui arrivait.Il tenait à la main, protégés pas un plastique encore transparent, des documents d'identité qu'il me tendait l'air épuisé, déjà découragé.
Je me braquais instantanément. C'était hors de question, il le savait, je le lui avais déjà très clairement fait savoir. Aussi ne pris-je même pas la peine d'émettre un son. Je l'attrapai par le bras, rouvrai la porte et le poussai à ressortir avant de m'appuyer de tout mon poids sur la porte pour la fermer. J'avais dit « non ».

F. Muller-Masi